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Une bouffée d’Art pour la culture et la gastronomie

L’idée de ce projet est simple : insuffler, le temps d’une performance artistique, de la vie dans 10 restaurants lausannois, dont les portes sont closes depuis plusieurs mois. Le résultat? Tout simplement beau et émouvant.

D’autant plus que l’initiatrice de ce projet n’est autre que Marine Gasser, notre « couteau suisse » chez Lausanne à Table. Celle qui imagine des événements, créé des projets et déborde de créativité ! Interview avec les protagonistes qui se cachent derrière le projet « Une bouffée d’Art » !

Café Romand x Jasmine Cammarota / © Carlo De Rosa

Marine Gasser, initiatrice du projet

« J’ai été touchée par ces restaurants vides et fermés pour cause de pandémie, et j’ai voulu leur redonner vie »

Marine Gasser, initiatrice du projet

D’où t’est venue l’idée d’Une Bouffée d’Art ?

J’ai toujours été sensible au milieu culturel et gastronomique. J’ai été touchée par ces restaurants vides et fermés pour cause de pandémie, et j’ai voulu leur redonner vie. Profiter de ce moment si particulier, triste aussi, pour en faire ressortir quelque chose de beau et d’artistique. 

Comment as-tu sélectionné les restaurants ?

De manière tout à fait subjective ! J’ai choisi des restaurants lausannois qui me semblaient emblématiques de cette ville, et qui je l’espère, vont perdurer après la crise. Ce sont des restaurants que je fréquente en temps normal, et dont j’apprécie l’ambiance.

« Les restaurateurs étaient heureux de pouvoir ouvrir à nouveaux leurs portes, même si ce n’était que pour quelques heures. Ils semblaient très émus »

Marine Gasser, initiatrice du projet
Chez Mario x Sacha Dumais / © Carlo de Rosa

Comment ont-ils réagi ?

Les 10 restaurants que j’ai contacté ont tous été très enthousiastes et réceptifs! Je crois qu’ils étaient heureux de pouvoir ouvrir à nouveau leurs portes, même si ce n’était que pour quelques heures.  Sur le moment, lors des performances artistiques, ils semblaient très émus. 

Carlos Beiro, chef de la Pomme de Pin / © Carlo de Rosa

Quel a été le plus gros défi pour ce projet ?

Clairement le temps ! Parce que j’ai beaucoup hésité à lancer ce projet, je ne savais pas si les restaurateurs seraient partants… et je ne savais pas quand ils ouvriraient à nouveau. Tout s’est décidé très rapidement, les 10 tournages se sont déroulés sur 3 jours. Ça a été très intense.

Sur quels critères as-tu sélectionné les 10 artistes ?

J’ai souhaité avoir une grande diversité dans les domaines artistiques; par exemple avec un duo de danse latine, une soprano, un peintre, une danseuse classique, une artiste contemporaine, une comédienne de théâtre, deux DJ ou encore de la danse urbaine. Des artistes très différents ! J’en connaissais et appréciais certains d’entre eux. Pour les autres, on me les a fait découvrir pour ce projet. 

« Je me suis fait surprendre par l’émotion à chaque tournage. Le tout a été beaucoup plus émouvant que je ne pouvais l’imaginer! « 

Marine Gasser, initiatrice du projet
Café Romand x Jasmine Cammarota / © Carlo De Rosa

Quel a été le moment le plus émouvant pour toi ?

Il m’est impossible d’en choisir un! Les 3 jours de tournage ont été magique et je dois avouer que je me suis fait surprendre par l’émotion à chaque performance, que ça soit par l’artiste, par le restaurateur ou par le lieu. Le tout a été beaucoup plus émouvant que je ne pouvais l’imaginer.

La Couronne d’Or x Aurélia Ansermet / © Carlo De Rosa

Comment les artistes ont-ils vécu ce moment hors du temps ?

Le point commun était l’excitation et le trac de “monter sur scène”. Même sans public, ça faisait pour tous longtemps qu’ils ne s’étaient pas produits. Par la suite, ils étaient tous très heureux du résultat, fidèle à leurs performances et à leur art. 

Artistes, photographes, restaurateurs… tous ont été d’accord de donner de leur temps et de leur personne bénévolement. Tu as monté ce projet sans budget, es-tu étonnée de cet élan de solidarité et de cet enthousiasme?

Oui! J’ai été assez surprise que ces personnes me fassent confiance sans savoir exactement où on allait et si ce projet allait tenir la route, et de l’investissement de tous. Une fois le projet lancé, j’ai senti que tout le monde se sentait investi et que la question financière ne se posait plus. 

Songes-tu à donner une suite à ce projet ?

Pour être honnête, je n’espère pas qu’il y ait besoin d’une suite à ce projet. Parce qu’il a sa place dans cette période si particulière, qui, je l’espère, sera bientôt derrière nous… Par contre, il me semble important, quand il y aura un “retour à la normale”, que gastronomie et culture soient à nouveau mélangés. Le mélange de ces 2 milieux m’a semblé tellement évident, et j’espère qu’ils pourront continuer à coexister et à créer des duos.

Amaya Rodriguez, patronne des Artisans

« Nous avons besoin de ces moments de musique, de danse, et de légèreté. Pendant un instant, nous avons oublié ce que nous vivons avec la pandémie »

Amaya Rodriguez, patronne du Café des Artisans
Amaya et son frère Iggy, patrons des Artisans / © Carlo De Rosa

Qu’est-ce qui t’a convaincu de participer à ce projet ?

Quand Marine m’a appelé et m’a expliqué son projet, j’ai de suite été sous le charme. J’ai même eu envie de lui partager quelques contacts. Tout s’est mis en place très vite de notre côté nous avons juste eu besoin de leur ouvrir les portes de notre café et le spectacle pouvait alors commencer. Mon frère était là au début et je l’ai rejoint par la suite.

Comment as-tu vécu cette performance ?

L’ambiance était dingue ! Très conviviale. Une immense chaleur humaine se ressentait. Nous avons besoin de ces moments de musique, de danse, et de légèreté. Pendant un instant nous avons oublié ce que nous vivons avec la pandémie. En bref, c’était beaucoup d’émotions.

Vanessa Jeanneret, patronne du Café du Grütli

« L’œuvre devait être enlevée mais j’ai voulu qu’on la laisse, pour garder un souvenir, un symbole fort dans cette incertitude. Revoir cette œuvre tous les jours me fait du bien. »

Vanessa Jeanneret, Patronne du Grütli
Vanessa Jeanneret / © Carlo De Rosa

Pourquoi avoir rejoint l’aventure Une Bouffée d’Art ?

Marine m’a demandé mon avis sur ce projet au tout début de ses réflexions; j’ai tout de suite été partante. D’autant plus qu’en ce moment, la période est calme et c’était l’occasion d’avoir un projet, un challenge, une perspective.

Comment as-tu vécu cette performance?

On ne savait pas trop à quoi s’attendre le jour J, mais ça a été un beau moment de partage au Grütli. On a dû réaménager un peu le restaurant, qui s’est un peu transformé en entrepôt à cause de la fermeture. Du coup, accueillir cette artiste, le cameraman et le photographe, ça a été émouvant. L’œuvre devait être enlevée mais j’ai voulu qu’on la laisse, pour garder un souvenir, un symbole fort dans cette incertitude. Revoir cette œuvre tous les jours me fait du bien; c’est symbolique de ce moment si particulier qu’on traverse, et ça montre aussi finalement que malgré cette crise, il peut y avoir de belles choses qui en sortent. J’ai eu aussi beaucoup de plaisir à découvrir les autres performances, j’ai trouvé ça très beau.

Carlo De Rosa, photographe

« Il y avait un élan de légèreté malgré la situation actuelle difficile que j’ai trouvé hyper humaniste. Un plaisir d’être ensemble et de créer quelque-chose »

Carlo De Rosa, photographe

Pourquoi as-tu décidé de rejoindre ce projet et de proposer tes talents de photographe bénévolement ?

J’avais envie depuis un petit moment d’aider les artistes et restaurateurs; ce sont des gens que je fréquente régulièrement avec mon travail et de les voir si impactés, ça m’a touché et j’ai voulu faire quelque-chose, contribuer à ma manière.

Comment as-tu vécu ces performances ?

Ça s’est révélé être mieux que ce que j’imaginais, car il y avait beaucoup de diversité, que ce soit dans les restaurants ou chez les artistes. Il y avait un élan de légèreté malgré la situation actuelle difficile que j’ai trouvé hyper humaniste. Un plaisir d’être ensemble et de créer quelque-chose. Et ça, on l’apprécie d’autant plus dans une situation comme ça, où l’on est privé de culture depuis bientôt une année. Cette performance était vraiment une bouffée d’air, ça nous a permis de revivre et de recréer un lien humain à travers différents talents.

Y a-t-il un moment qui t’a particulièrement marqué ?

J’en retiens deux. Tout d’abord, celui de la soliste soprano Laurène Paterò à la Brasserie de Montbenon. Quand elle a commencé à chanter, la vibration du chant nous a tous transportés; les notes montaient dans notre dos et parcouraient tout notre corps…. A ce moment-là, tu te dis qu’en fait ça fait plus d’un an qu’on n’a pas ressenti ça! Qu’on aime ou non l’opéra, ça fait un truc fou.

« On rentre dans un moment très privilégié, où l’on se dit que ces performances éphémères sont celles qui nous rapprochent de nous-mêmes »

Carlo De Rosa, photographe
Brasserie de Montbenon x Laurène Paternò & Jean-Philippe Clerc / © Carlo de Rosa

La deuxième performance qui m’a beaucoup ému c’est la danseuse classique Jasmine Camarotta au Café Romand. Ma fille m’accompagnait; et même si elle n’a jamais été passionnée de danse classique, elle a été totalement subjugée par cette performance. Voir à travers les yeux de ma fille cette émotion, on se dit que la vie c’est ça, en fait. On rentre dans un moment très privilégié, où l’on se dit que ces performances éphémères sont celles qui nous rapprochent de nous-mêmes. On a eu l’impression qu’elle dansait pour nous. C’était vraiment incroyable.

Carlo de Rosa et sa fille / © Carlo De Rosa

Propos recueillis par Elise Rabaey

Vidéos, photos et présentations du projet sur le site Une bouffée d’Art

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